Un smartphone est, par construction, la machine à vous suivre la plus efficace jamais mise sur le marché : localisation, identifiants publicitaires, capteurs, réseaux à portée. On ne le rend pas totalement invisible, mais une dizaine de réglages faits une seule fois réduisent l’essentiel du pistage. Voici lesquels, comment repérer un traqueur physique glissé dans vos affaires, et ce que signifient les points vert et orange qui s’affichent en haut de l’écran.

L’essentiel

  • Le pistage le plus massif est publicitaire : il passe par l’identifiant publicitaire et les autorisations des applications, pas par des logiciels espions.
  • Trois réglages font 80 % du travail : localisation en « Pendant l’utilisation », identifiant publicitaire supprimé, recherche Wi-Fi et Bluetooth en arrière-plan désactivée.
  • Le point vert et le point orange ne sont pas des bugs : ils signalent qu’une application utilise la caméra ou le micro.
  • Les traqueurs physiques sont détectés automatiquement par iOS et par Android, à condition que la fonction soit activée.
  • Un VPN ne rend pas anonyme : il masque votre trafic à votre opérateur, pas votre identité aux applications où vous êtes connecté.

Qui vous suit réellement

QuiCommentCe qui l’arrête
Les régies publicitairesIdentifiant publicitaire, données des applicationsSupprimer l’identifiant, limiter les autorisations
Les applicationsLocalisation, contacts, micro, historique d’usageRevue des autorisations
Google et AppleHistorique de position, activité liée au compteDésactiver l’historique, purger les données
Les commerces et lieux publicsDétection Wi-Fi et Bluetooth de votre appareilAdresse MAC aléatoire, recherche en arrière-plan coupée
L’opérateurAntennes relais, obligation légale de conservationRien, hors mode avion
Un proche malveillantTraqueur physique, partage de position, application installéeDétection de traqueurs, revue des applications

Les réglages à faire une bonne fois

1. Reprendre la main sur la localisation

N’accordez « Toujours » qu’aux applications qui en ont réellement besoin — un service de navigation, une application de suivi sportif. Tout le reste doit être en « Pendant l’utilisation », voire refusé. Sur iPhone : Réglages > Confidentialité et sécurité > Service de localisation. Sur Android : Paramètres > Localisation > Autorisations des applications.

Désactivez aussi la position exacte pour les applications qui n’ont besoin que d’une zone : la météo ou l’actualité locale fonctionnent très bien avec une position approximative.

2. Supprimer l’identifiant publicitaire

C’est le geste le plus rentable, et le moins connu. Cet identifiant unique relie entre elles toutes vos activités dans les applications. Sur Android : Paramètres > Sécurité et confidentialité > Confidentialité > Annonces, puis Supprimer l’identifiant publicitaire. Sur iPhone : Confidentialité et sécurité > Suivi, désactivez Autoriser les apps à demander de vous suivre, puis dans Publicité Apple, coupez les annonces personnalisées.

3. Faire le ménage dans les autorisations

Le tableau de bord de confidentialité d’Android (Paramètres > Sécurité et confidentialité > Confidentialité) et le rapport de confidentialité des apps sur iPhone montrent, application par application, ce qui a été consulté ces derniers jours. Une lampe torche qui accède aux contacts, un jeu qui demande le micro : refusez sans hésiter, l’application continuera de fonctionner.

4. Couper la recherche Wi-Fi et Bluetooth en arrière-plan

Même Wi-Fi désactivé, Android continue par défaut à scanner les réseaux pour affiner la localisation — et ces balayages sont exploités pour suivre les déplacements en magasin. Désactivez Recherche du réseau Wi-Fi et Recherche d’appareils Bluetooth dans Paramètres > Localisation > Services de localisation.

5. Vérifier l’adresse MAC aléatoire

Android et iOS présentent par défaut une adresse différente à chaque réseau Wi-Fi, ce qui empêche de vous reconnaître d’un lieu à l’autre. Vérifiez que l’option est bien active dans les détails de chaque réseau, en particulier sur les réseaux publics : c’est là qu’elle sert.

6. Limiter ce que Google et Apple conservent

Dans les réglages de votre compte Google, désactivez l’historique des positions et l’activité sur le Web et les applications, puis programmez une suppression automatique tous les trois mois. Côté Apple, la section Analyses et améliorations permet de couper le partage des données d’usage.

7. Changer de navigateur et de moteur de recherche

Un navigateur bloquant les traqueurs par défaut supprime une part importante du pistage entre sites, et un moteur de recherche qui ne conserve pas l’historique évite de lier vos requêtes à votre profil. C’est un changement d’habitude à faible coût et à effet immédiat.

8. Le VPN : ce qu’il protège, et ce qu’il ne protège pas

Un VPN chiffre votre trafic et masque votre adresse IP : utile sur un réseau public, et face à votre fournisseur d’accès. En revanche, il ne vous rend pas anonyme vis-à-vis des services où vous êtes connecté, et il ne change rien aux autorisations que vous avez accordées aux applications. Choisissez un fournisseur qui ne conserve pas de journaux : sinon, vous ne faites que déplacer la confiance.

9. Mettre à jour, toujours

La majorité des attaques de surveillance exploitent des failles déjà corrigées. Un téléphone à jour est hors de portée de la quasi-totalité des outils commerciaux d’espionnage.

Le point vert et le point orange : ce qu’ils signifient

Apparus sur iPhone avec iOS 14 puis repris par Android 12, ces petits indicateurs sont l’une des meilleures protections de vie privée jamais ajoutées à un téléphone. Ils sont gérés par le système et aucune application ne peut les masquer.

IndicateurSignification
Point vertLa caméra est utilisée (parfois caméra et micro ensemble)iPhone et Android
Point orangeLe micro est utiliséiPhone et Android
Point bleu ou barre bleueUne application utilise votre position en arrière-planAndroid et iPhone

Savoir quelle application est concernée

Sur Android, faites glisser le volet des notifications vers le bas : le point se transforme en icône de caméra ou de micro, et une pression affiche le nom de l’application, avec un bouton pour lui retirer l’accès immédiatement. Sur iPhone, ouvrez le centre de contrôle : le nom de l’application ayant utilisé le capteur s’affiche en haut.

Le point reste affiché en permanence : que faire ?

C’est le signe qu’une application garde le micro ou la caméra ouverts en arrière-plan. Dans l’ordre : identifiez-la par la méthode ci-dessus, fermez-la, puis retirez-lui l’autorisation. Si le point persiste sans application identifiable, redémarrez l’appareil, et vérifiez la liste des applications installées ainsi que celles qui disposent de droits d’administrateur.

Il n’existe aucun moyen officiel de désactiver ces indicateurs, et c’est une bonne chose : c’est précisément ce qui les rend fiables.

Détecter un traqueur AirTag ou un objet connecté qui vous suit

Les balises de localisation coûtent quelques dizaines d’euros et tiennent dans une doublure de sac. Les deux systèmes intègrent désormais une détection automatique, mais elle doit être activée.

Sur iPhone

La détection est native. Si un AirTag qui ne vous appartient pas se déplace avec vous, une notification « AirTag détecté près de vous » apparaît. Vous pouvez alors le faire sonner depuis l’application Localiser, onglet Objets. Vérifiez simplement que le Suivi des objets et les notifications de l’application Localiser sont bien actifs.

Sur Android

La fonction existe depuis Android 6 sous le nom d’alertes de traqueur inconnu, dans Paramètres > Sécurité et urgences. Elle prévient automatiquement lorsqu’une balise inconnue vous suit, et propose une recherche manuelle qui scanne les alentours pendant une dizaine de secondes. Le Bluetooth et la localisation doivent être activés pour que la détection fonctionne.

La recherche manuelle, à l’ancienne

Un AirTag séparé de son propriétaire émet un son au bout de quelques heures. Isolez-vous dans un endroit silencieux et fouillez méthodiquement : doublure et poches du sac, sous les sièges et dans les pare-chocs de la voiture, poussette, coque de téléphone, poches de manteau.

Vous avez trouvé une balise : que faire ?

  1. Ne la jetez pas immédiatement. Approchez-la du haut de votre téléphone, côté NFC : une page s’ouvre avec le numéro de série et, si le propriétaire l’a déclarée perdue, une partie de son numéro de téléphone.
  2. Faites une capture d’écran de ces informations, et photographiez l’objet et l’endroit où vous l’avez trouvé.
  3. Neutralisez-la : sur un AirTag, tournez le dos métallique dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et retirez la pile. La balise cesse alors d’émettre.
  4. Si vous vous sentez suivi, contactez la police ou la gendarmerie avec ces éléments. Le numéro de série permet d’identifier le compte propriétaire dans le cadre d’une procédure.

La même logique s’applique aux autres balises du marché — Samsung SmartTag, Tile, Chipolo : toutes sont désormais couvertes par le standard de détection commun à iOS et Android.

Poser son téléphone face vers le bas : utile ou pas ?

Le geste a plusieurs justifications, dont certaines sont réelles et une largement surestimée.

  • Vie privée, en partie : l’écran retourné empêche vos voisins de table de lire l’aperçu des messages qui s’affichent. Mais le vrai réglage, plus efficace, consiste à masquer le contenu des notifications sur l’écran verrouillé, dans les paramètres de notifications. Vous verrez alors « 1 nouveau message » sans le texte, où que soit posé le téléphone.
  • Concentration : c’est le bénéfice le plus tangible. Ne plus voir l’écran s’allumer réduit nettement le nombre de coups d’œil réflexes, et le mode Concentration ou Ne pas déranger complète bien le geste.
  • Batterie : l’effet existe mais reste modeste. Sur les écrans OLED, la fonction d’allumage à la levée ne se déclenche plus, ce qui évite quelques dizaines d’allumages par jour.
  • Protection de l’écran : à double tranchant. L’écran est protégé des chutes d’objets, mais posé sur une table sablonneuse sans coque à rebord, il se raye. Retournez le téléphone sur une surface propre, ou pas du tout.
  • Savoir-vivre : en réunion ou à table, le geste signale que vous n’attendez rien de votre écran. C’est souvent la meilleure raison de le faire.

Vérifier qu’aucune application de surveillance n’est installée

Les logiciels espions grand public nécessitent presque toujours un accès physique à l’appareil. Quelques vérifications suffisent à les repérer :

  • La liste complète des applications, y compris celles sans icône : Paramètres > Applications > Afficher toutes les applications sur Android.
  • Les applications avec droits d’administrateur (Sécurité > Applications d’administration) et celles disposant de l’accessibilité : c’est par là que passent la plupart des outils de surveillance.
  • Le partage de position dans votre compte Google et dans l’application Localiser : une personne peut y figurer depuis longtemps sans que vous vous en souveniez.
  • Les appareils connectés à vos comptes Google, Apple, WhatsApp : déconnectez ce que vous ne reconnaissez pas.
  • Les profils de configuration sur iPhone (Général > VPN et gestion de l’appareil) : un profil inconnu est un signal fort.
  • Une consommation de données ou de batterie anormale par une application au nom générique.

En cas de doute sérieux et persistant, la remise à zéro complète suivie d’un changement des mots de passe reste la seule garantie. Et si vous craignez pour votre sécurité, ne modifiez rien avant d’en parler à la police : les traces peuvent constituer des preuves.

Ce qui ne sert pas à grand-chose

  • Les applications « anti-espion » du magasin d’applications : elles n’ont pas les droits nécessaires pour analyser quoi que ce soit, en particulier sur iPhone.
  • Mettre du ruban adhésif sur le micro : le point orange fait le travail, et de façon fiable.
  • Changer de numéro sans changer les habitudes et les autorisations : le pistage publicitaire ne passe pas par le numéro.
  • Le mode navigation privée seul : il n’efface que l’historique local, il ne masque rien aux sites ni au fournisseur d’accès.

Questions fréquentes

Peut-on être totalement intraçable avec un smartphone ?

Non. Tant que l’appareil est allumé avec une carte SIM, l’opérateur sait à quelles antennes il est rattaché, et cette information est conservée par obligation légale. L’objectif réaliste est de supprimer le pistage commercial et le suivi entre applications, ce qui représente l’écrasante majorité des données collectées.

Le mode avion suffit-il ?

Il coupe effectivement les communications, mais rend le téléphone inutilisable pour l’essentiel. Il reste utile ponctuellement, lors d’un déplacement que vous ne souhaitez pas voir enregistré.

Un AirTag peut-il me suivre sans que je le sache ?

De moins en moins : une balise séparée de son propriétaire finit par émettre un son, et les deux systèmes alertent automatiquement. Encore faut-il que la détection soit activée sur Android, et que les notifications de Localiser le soient sur iPhone.

Faut-il désactiver le Bluetooth en permanence ?

Ce n’est pas nécessaire au quotidien, et cela empêcherait justement la détection des traqueurs. Ce qui compte davantage, c’est de couper la recherche Bluetooth en arrière-plan utilisée à des fins de localisation commerciale.

Le point vert peut-il apparaître sans raison ?

Non. Il traduit toujours un accès réel à la caméra. Une application légitime peut y accéder brièvement, par exemple pour préparer un scanner de QR code, mais un point vert permanent doit être élucidé.

En pratique, une demi-heure de réglages suffit : localisation restreinte, identifiant publicitaire supprimé, autorisations passées en revue, recherche Wi-Fi et Bluetooth coupée, détection des traqueurs activée. Le reste, c’est de l’hygiène — mises à jour, applications installées en connaissance de cause, et un coup d’œil aux points vert et orange.